Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Fela.jpg

Fela est le «prophète-musical» de la libération pan-africaine.

Inventeur de «l’afrobeat», mélange de musique africaine, de blues, de funk, de soul et de rock, mélange de toutes les musiques dont il parvient systématiquement à tirer le meilleur, il a modernisé le son du continent en l'ouvrant aux influences du jazz et de l'électronique.

Incessant dénonciateur des multinationales du pétrole et des dominants qui détroussent son pays, l’un des plus riches d’Afrique, mais au revenu le plus faible par habitant.

Fils de dignitaire nigérian, Fela Anikulapo Kuti (Anikulapo — celui qui porte la mort dans sa gibecière — Kuti — qui ne peut être tué par la main de l'homme) va faire des études à Londres en 1958, où il est frappé par le son des «Blue Notes», un groupe de jazz sud-africain exilé qui mêle pop et rythmes traditionnels pour un mélange inconnu. Saxophoniste et claviériste, il est marqué par le son du Miles Davis "électrique" des années 60 mais aussi par le discours libérateur des Black Panthers, par l'intermédiaire de Sandra Smith, une militante qui lui expose les idées de Malcolm X. Il rentre ensuite à Lagos pour former le groupe Africa.70 (plus tard ce sera Egypt.80).  Au Nigeria, au début des années 1970, le pays à peine sorti de la guerre du Biafra connaît un boom pétrolier qui le propulse au rang des premiers pays exportateurs de l’OPEP. Les juntes militaires se succèdent, tandis que les ghettos se multiplient dans la périphérie de Lagos. Fela se sert de sa musique comme d’une redoutable arme pour brosser un sombre tableau des mœurs. Ses chansons en «pidgin» (l’anglais du "petit peuple") sont de virulentes diatribes contre la dictature militaire, la corruption qui gangrène les élites, mais décrivent aussi la misère de la rue et suggèrent à l’Africain qu’il doit conquérir sa liberté par un retour aux sources qui lui rendra son identité et sa vérité. Fela allie le jazz et la soul aux rythmes du ju-ju et du high-life inventant ainsi «l’afrobeat», aidé en cela par une cohorte de musiciens hors-pair, parmi lesquels il faut forcément citer Tony Allen, batteur incontournable et véritable dépositaire du groove unique et viscéral de cette musique stratosphérique. Sa popularité s’étend bientôt au-delà des frontières. Le ghetto a trouvé son héro, qui dénonce les bassesses de la haute société et fait trembler le pouvoir et les puissants. Très vite, il s’attire les foudres du pouvoir militaire. Fela est alors plusieurs fois jeté en prison et torturé. Son quartier/résidence, la «Kalakuta-Republic», est saccagé dans une opération militaire au cours de laquelle sa mère âgée de 78 ans est défenestrée (elle succombera quelques mois plus tard à ses blessures). Mais Fela se relève, ayant ridiculisé le pouvoir lors d’un festival des arts à Lagos, le monde entier le découvre et le célèbre alors qu’il est exilé au Ghana voisin. Revenu chez lui, il monte un parti politique et une organisation de jeunesse le MOP. Son parti est interdit et il est enfermé en prison, mais une pression internationale sur la dictature nigériane permet de le faire libérer en 1986. Fela entre alors en semi-retraite, ne jouant plus que dans son club de Lagos, le «Shrine», jusqu’en 1995 où il passe le relais à son premier fils Femi, car il vient de découvrir qu’il a le sida… Il en meurt deux ans plus tard.

Je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans la vie et dans l’œuvre de cet immense personnage , pour ses engagements et pour sa musique. La grosse centaine de morceaux qu’il a enregistré au cours sa vie, gravés sur ses 46 albums (à raison de 10 à 30 minutes par chansons, ça en fait maximum 3 par albums ^^) sont tous d’authentiques cris de colère, de révolte, de rage, et débordent d’énergie, de vie, de souffle et de liberté. Sa musique vous prend aux tripes, vous fait réfléchir, mais elle a aussi ce pouvoir "magique" et immédiat de vous faire onduler dès les premières mesures de chacune de ses compositions. 

En voici 2 parmi tant d’autres, "Gentleman" enregistrée en 1973, probablement une de mes favorites : http://www.youtube.com/watch?v=snIV_-IECsM

(Si à 2min24 votre cul ne se met pas à bouger tout seul alors y'a un problème ^^).

Et sinon, autre morceau phare, "Zombie" de 1976, dont le refrain sera très souvent utilisé et chanté lors de manifestations/mouvements dans d'autres pays d'Afrique : http://www.youtube.com/watch?v=geT2bYzvLcw

Pour vous mettre l’eau à la bouche, les oreilles en joie, le cerveau en mode réflexion, et le corps en mouvement perpétuel.

Au passage aussi, à voir, le documentaire (52min) "Music is the weapon" : http://www.youtube.com/watch?v=JRwCxLvNwmA

Bonne écoute, bonne découverte (ou re-découverte), et si ça vous intéresse faites moi signe, je possède l’intégralité de ses enregistrements et c’est un véritable bonheur … ;)

Tag(s) : #Blabla ...

Partager cet article

Repost 0