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Mandela est mort. La une de toute la presse, de toutes les télés, de toutes les radios. L'hommage unanime de tous les chefs de gouvernements. Mais il fût un temps, lorsqu'il prônait la lutte armée, où il ne faisait pas parler de lui de manière aussi consensuelle dans les médias et chez les responsables politiques, son mouvement étant même classifié "organisation terroriste" aux Etats-unis jusqu'en 2008 et en Angleterre jusqu'en 1996, tandis qu'en france,  sous la présidence de François Mitterrand, le gouvernement de Michel Rocard refusait de rompre les relations économiques de la France avec le régime raciste de Pretoria ...
À la différence de Luthuli, le fondateur chrétien de l'ANC, Desmond Tutu plus tard ou King aux États-Unis, la pensée de Mandela n’a pas été forgée par le christianisme et ses exigences morales. Si il est aussi marqué par la pensée indienne, il ne croit plus dans l’efficacité de la seule désobéissance civile et craint de voir la masse du peuple se détourner d’un parti jugé trop attentiste. Dès 1952 et ses premiers entretiens avec Albert Luthuli, il milite pour le passage à la lutte armée : « La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace ». En 1954 il haranguait la foule de Sophiatown, dont les habitations devaient être détruites, proclamant « que le temps de la résistance passive était terminé, que la non violence était une stratégie vaine et qu’elle ne renverserait jamais une minorité blanche prête à maintenir son pouvoir à n’importe quel prix […], que la violence était la seule arme qui détruirait l’Apartheid et que nous devions être prêts, dans un avenir proche, à l’employer ». 
Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un township dans le sud du Transvaal, lors d'une manifestation contre l'extension aux femmes du passeport intérieur, que les hommes noirs sont obligés de porter constamment sur eux sous peine d'être arrêtés ou déportés. Une soixantaine de policiers retranchés dans un local de la police et appuyés par des véhicules blindés, tirent sans sommation sur une foule d'environ cinq mille personnes. Il y a soixante-neuf morts, dont huit femmes et dix enfants, ainsi que cent quatre-vingts blessés, dont trente et une femmes et dix-neuf enfants. La majorité des blessures par balles sont faites dans le dos sur une foule en fuite et non armée. La stratégie non violente de l'ANC est alors abandonnée par Nelson Mandela, qui fonde en 1961 "Umkhonto we Sizwe" (MK), branche militaire prônant l'action armée. En mai 1961, il lance avec succès une grève générale, obligeant le gouvernement à faire intervenir la police et l'armée. Il écrit et signe un plan de passage graduel à la lutte armée. Il coordonne des campagnes de sabotage contre des cibles symboliques, préparant des plans pour une possible guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l'apartheid. Nelson Mandela décrit le passage à la lutte armée comme un dernier recours ; l'augmentation de la répression, les violences policières et de l'État, le convainquent que des années de lutte non violente contre l'apartheid n'ont apporté aucune avancée.
Nelson Mandela favorise le sabotage, qui « n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales », avant de s'engager dans « la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte ». Un membre de l'ANC, Wolfie Kadesh, explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela : « […] faire exploser des lieux symboliques de l'apartheid, comme des bureaux du passeport interne, la cour de justice pour natifs, et des choses comme ça… Des bureaux de poste et… des bureaux du gouvernement. Mais nous devions le faire d'une façon telle que personne ne fût ni blessé ni tué. ». Mandela dira de Kadesh : « Sa connaissance de la guerre et son expérience de première main du combat m'ont été extrêmement précieuses. ». Entre 1961 et 1963, quelque cent quatre-vingt-dix attaques armées sont répertoriées, principalement à Johannesbourg, à Durban et au Cap. Mandela collecte aussi des fonds à l'étranger pour le MK et organise l'entraînement paramilitaire du groupe. En raison de cet engagement militaire, Nelson Mandela ainsi que plusieurs autres responsables politiques de l'ANC ne pourront entrer aux États-Unis sans visas spéciaux jusqu'au 1er juillet 2008 étant inscrit sur la liste noire américaine du terrorisme.
 
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